8, Place du Parlement 33000 Bordeaux France Tel : 05.56.48.03.87 Fax : 05.56.48.16.83.

ouvert du mardi au samedi de 10h00 à 20h00 et le lundi de 14h00 à 19h00.

Tramway : Bourse (C), Palais (A). Stationnement : Bourse, Camille-Jullian.

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Septembre 1998

Consacrée à la parution du premier volume des œuvres complètes d'Henri Michaux dans la collection La Pléiade

 

 

Henri Michaux : ŒUVRES COMPLÈTES (1998) . Edition de Raymond Bellour avec la collaboration d'Ysé Tran.

TOME I : Quelques renseignements sur cinquante-neuf années d'existence - Premiers écrits (1922-1926) - Qui je fus - Ecuador - Un Barbare en Asie - La Nuit remue - Plume, précédé de Lointain intérieur - Peintures - Arbres des Tropiques - Tu vas être père - L'Espace du dedans (Table) - Épreuves, exorcismes - Peintures et dessins - Critiques, hommages, conférences (1927-1946) - Textes épars - En marge des recueils (Textes écartés), 1584 pages, 128 ill., relié peau. Collection Bibliothèque de la Pléiade (No 444) (1998), Gallimard - Tome I: 390,00 FF

Bibliographie sélective :

Peintures :

Emergences, Résurgences ( Skira,1972), 198,00F.F.

Henri Michaux, Œuvres choisies , Musée Marseille, ( RMN,1993), 350,00F.F.

Henri Michaux Peintures ( Gallimard,1993), 740,00F.F.

Henri Michaux, Galerie Convergence( Climats,1997), 145,00F.F.

Ouvrages critiques :

Cahier de l’Herne : Henri Michaux ( LGF,1990), 50,00F.F

Raymond Bellour : Henri Michaux (Gallimard Folio-Essais, 1998 ), 50,00F.F.

Jean-Pierre Martin : Henri Michaux, écritures de soi (Corti ,1994), 200,00F.F.

Revue Critique 548/549 ( Minuit, 1993) 79,00F.F

Le Magazine Littéraire ( 364 ) et La Quinzaine Littéraire ( 737 ) viennent de consacrer chacun un numéro spécial à Henri Michaux .

" A cette Pléiade on souhaite donc plus que bonne chance. Elle devrait permettre de mieux situer Michaux et de mieux l’apprécier – lui qui n’a pas été panthéonisé par quelque avant-garde que ce soit. Elle sera utile à ceux que la littérature aide à vivre, à ceux qui font vivre la littérature- en somme, aux vrais amateurs, qui s’embarquent sans se soucier de l’air du temps, qui aiment sans s’agglutiner, sans idolâtrer. "

Jean-Pierre Martin ( Magazine Littéraire ).  

   "S'il veut se coucher lui-même sur le papier, et non une œuvre, et non une île de soi-même, il tranche dans sa chair et voilà..." ( Epreuves Exorcismes, Gallimard, 1946)  

"Ne peut plus, Iniji

Sphinx, sphères, faux signes, obstacles sur la route d'Iniji

Rives reculent Socles s'enfoncent

Monde. Plus de monde seulement l'amalgame

Les pierres ne savent plus être pierres

Parmi tous les lits sur terre où est le lit d'Iniji?" ( Moments, Gallimard , 1973 )

 

 

Novembre 1998

Consacrée au livre de Pierre BAYARD : Qui a tué Roger Ackroyd? publié aux éditions de Minuit ( collection Paradoxe , 169 pages, 95,00F.).

 

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Pierre BAYARD : Qui a tué Roger Ackroyd ?

éditions de Minuit

( collection Paradoxe , 169 pages, 95,00F.).

Bibliographie sélective :

Pierre BAYARD a déjà publié : Il était deux fois Romain Gary ( Puf, 1990) ; Le paradoxe du menteur,Sur Laclos( Minuit, 1993 ); Maupassant juste avant Freud (Minuit, 1994); Le hors sujet, Proust et la digression ( Minuit, 1996).

Le roman d’Agatha CHRISTIE est disponible dans l’édition du Livre de Poche ( n°617, 30,00 F.) et dans la collection Le Masque (n°1, 29,00F.). La Librairie des Champs Elysées publie l'œuvre intégrale d’Agatha Christie dans la série Les intégrales du Masque ( onze volumes parus, 149,00 F.chaque volume).

Sur Agatha CHRISTIE:

Sophie de MIJOLLA-MELLOR : Le meurtre familier, approche psychanalytique d’Agatha Christie ( Dunod, 1995, 140,00 F.)

Jean-Bernard NAUDIN et François RIVIERE : Les promenades d’Agatha Christie ( Chêne, 1995, 260,00 F.)

et , pour mémoire : François RIVIERE : Agatha Christie, duchesse de la mort ( Seuil,Fiction &Cie., 1981, épuisé)

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Le problème dont l'absence m'apparaît criante dans ces pages - y serais-je plus sensible que d'autres ? - s'énonce naïvement ainsi : que devient dans cette affaire l'auteur du récit ? Pourquoi n'inculpe-t-on pas Agatha Christie d'enquête bâclée, de mensonge à policier, voire de trafic d'influence ou d'injure à magistrat ? Car c'est une accusation en trompe-l'œil que celle qui tombe sur le petit détective belge, qui n'est pour rien dans une bévue dont la seule et unique responsable, à première vue comme à la réflexion, ne saurait être que la grande romancière britannique. On sait bien qu'il est de bon ton dans nos études, depuis une ou deux décennies, de faire litière de l'Auteur ; mais il faut prendre ou garder conscience de tout ce que l'on sacrifie en jetant l'eau du bain. Ce qui néanmoins me paraît urgent pour l'instant n'est pas de rediscuter au fond une telle mise à l'écart, c'est de répondre à cette question très précise et fort inquiétante : Agatha Christie savait-t-elle, oui ou non, que le docteur Sheppard pourrait bien être innocent du meurtre de Roger Ackroyd ?

Répondre à une question comme celle-là conduit à une arborescence d'autres interrogations. N'y pas répondre, d'ailleurs, provoque autant d'effarement, sinon un effarement plus radical encore, au fur et à mesure que l'on comprend qu'il est impossible de répondre autrement que par un aveu d'ignorance. La seule donnée que l'on puisse mentionner en l'occurrence serait l'attachement particulier que la romancière a manifesté pour un personnage de second rang du roman, à savoir la sœur du docteur-narrateur. En effet, Agatha Christie nous a confié dans son Autobiographie que Caroline Sheppard, vieille fille curieuse, fouineuse, cancanière et sans indulgence, était d'une part le personnage qu'elle préférait dans Le Meurtre de Roger Ackroyd, d'autre part le prototype de cet Hercule Poirot femelle qu'est dans un autre canton de son œuvre la non moins célèbre Miss Marple.

Jean BELLEMIN-NOËL ( in Critique n°618)

 "Beaucoup de lecteurs savent aujourd’hui qui a tué Roger Ackroyd. Un grand nombre, surtout parmi les amateurs de littérature policière, connaissent le procédé qui organise le roman d’A.Christie et peuvent fournir la réponse exacte: l’assassin est le narrateur. Les plus avertis sont même en mesure de donner son nom : le docteur Sheppard....Curieusement, les admirateurs du livre comme ses adversaires se rejoignent sur l’essentiel: aucun ne songe à mettre en doute le point le plus important de toute l’affaire, à savoir la culpabilité du docteur Sheppard;...il paraît judicieux de régler cette question préalable et de se demander si le coupable est bien celui qu’Hercule Poirot désigne.

Ainsi ne serait-il pas faux de dire que notre livre est consacré à l’édification expérimentale d’une lecture délirante, construite en miroirs et selon les mêmes principes que la lecture de Poirot, lecture non pas intrinsèquement folle, mais sans doute traversée par moments, comme les grands délires systématisés, par une fêlure invisible.

S’il s’avérait qu’une lecture comme la nôtre a un sens, les extensions n’en seraient pas négligeables : qui s’est jamais interrogé sérieusement, par exemple, sur les étranges épidémies qui frappent les héros des fables de La Fontaine? Est-on si assuré que la dame aux camélias soit morte de mort naturelle ? Est-il exclu que Madame Bovary ait été assassinée ? Et que sait-on au juste du décès de Bergotte ?..."

Extrait

 

 

 

Mai 1999

Consacrée au livre d'Éric CHEVILLARD :   L'oeuvre posthume de Thomas Pilaster publié aux éditions de Minuit, 187 pages, 78,00F.

 

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Éric Chevillard : L'oeuvre posthume de Thomas Pilaster (1999) . Edition de Minuit, 78,00F

Bibliographie :

Mourir m’enrhume, Minuit, 1987

Le démarcheur, Minuit, 1988.

Palafox, Minuit, 1990.

Le caoutchouc décidément, Minuit, 1992.

Préhistoire, Minuit, 1994.

Un fantôme , Minuit, 1995.

Au plafond, Minuit, 1997.

Ouvrage critique :

Pierre Jourde : Empailler le toréador, l’incongru dans la littérature française de Charles Nodier à Éric Chevillard, éditions Corti, 348 pages, 140F.

"La question restera posée : doit-on ou non publier après sa mort les œuvres inédites d'un écrivain à tort ou à raison tenu pour important, lorsqu'il n'a pas exprimé de vœu en ce sens ? Doit-on même renoncer à les publier s'il a exprimé le vœu contraire et réclamé leur incinération? Pourquoi en ce cas, demandera-t-on, ne s'est-il pas chargé lui-même de la sale besogne ? A cette question autorisée, les réponses plausibles ne manquent pas : tout bonnement peut-être parce qu'il souhaitait conserver ces textes par devers lui afin de les retoucher ou de les intégrer plus tard à un plus vaste ensemble, ou parce qu'ils lui rappelaient telle époque de sa vie, les tâtonnements de ses débuts (or le champion de course à pied peut garder précieusement le film de ses premiers pas sans le confondre avec celui de son record du monde), des projets longtemps caressés puis abandonnés; mais encore d'autres hypothèses plus improbables, vraisemblables cependant, méritent d'être considérées;…Quant à décider, pour en revenir à la question désespérée que nous posions au début, s'il est légitime d'accéder à la demande d'un écrivain qui désire voir ses textes anéantis, il paraît en effet difficile d'arrêter une conduite, car, si le monde entier se félicite de pouvoir lire Kafka grâce à l'indiscrétion de Max Brod, peut-être Max Brad de son côté fut-il bien inspiré de brûler les cahiers de Kofko comme celui-ci en avait émis le vœu - qui le dira ?"                              ( extrait )
"Le livre contient les livres, le commentaire des livres, la destruction des livres, selon une loi d’entropie propre à tous les textes de Chevillard : le résultat en est une sorte de vertige borgésien, mais épuisé et non infini comme chez Borges, incité par le mouvement contraire d’une avancée des déserts et d’un autodafé."          ( La Quinzaine Littéraire)

 

 

 

 

Septembre 1999

Consacrée au livre de Jean ECHENOZ :  Je m’en vais publié auxéditions de Minuit.

 

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Jean Echenoz : Je m'en vais (1999) . Edition de Minuit, 252 pages, 95 F, 14,48 Euros.

Bibliographie :

Le Méridien de Greenwich, Minuit, 1979

Cherokee, Minuit, 1983.

L'équipée malaise, Minuit, 1986.

L'occupation des sols, Minuit, 1988.

Lac, Minuit, 1989.

Nous trois , Minuit, 1992.

Les grandes blondes, Minuit, 1995.

Un an, Minuit, 1997.

Ouvrage critique :

Jean-Claude Lebrun : Jean Echenoz ( éditions du Rocher, 79F.)

Evidemment, nous dira-t-on, ça n’est pas la première vitrine Echenoz. C'est vrai et bonne nouvelle possible : pas la dernière non plus...Tant il est vrai que refermer un livre d’Echenoz, c'est s'abandonner à une agitation tellement particulière, ou une volonté forcenée de reprendre l’ouvrage, le feuilleter, en relire un passage, des séquences, des scènes, finalement tout le livre à l’endroit puis à l’envers le dispute à l'incrédulité. Voilà bien un plaisir rare.

Cette magie blanche et douce qui voile subrepticement les récits d’Echenoz, cette propension à mettre du jeu dans le lexique, à cultiver l’improbable et à désassembler le fragmentaire font bien de lui, paradoxalement, l’écrivain des réalités de notre fin de siècle.

"Je m’en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne, s’égaraient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l’entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon....

...Derrière elle, par la porte ouverte, Ferrer apercevait l’entrée repeinte, d’autres meubles, un lustre inconnu, des images suspendues ou punaisées au mur qui n’auraient convenu ni à Suzanne ni à lui. Je veux bien, répondit-il, mais je ne veux surtout pas déranger. Pas du tout dit en souriant la fille, entrez. Je suis désolé, dit Ferre en s’approchant avec prudence, je n’avais pas du tout prévu ça. C’est un peu compliqué à expliquer. Pas grave dit la fille, je suis moi-même là par hasard. Vous allez voir, il y a des gens marrants. Allez, venez. Bon, dit Ferrer, mais je ne reste qu’un instant, vraiment. Je prends juste un verre et je m’en vais."                  ( extrait...intégral)

 

 

 

Février 2000

Consacrée au livre de Jean-Jacques Salgon : Tu ne connaîtras jamais les Mayas

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Jean-Jacques Salgon : Tu ne connaîtras jamais les Mayas; éditions L'Escampette, 149 pages, 99 FF.

Bibliographie :

Jean-Jacques Salgon a déjà publié "07 et autres récits", aux éditions Verdier.

Dans un genre plus conventionnel, on pourra lire deux publications récentes : Pier Paolo Pasolini : "La longue route de sable"( éditions Arléa, 75F.) et Simon : "Au corps de l'Inde" (éditions Boussole, 195 F.),ainsi qu'un classique du récit de voyage (court...), Xavier de Maistre : "Voyage autour de ma chambre" (Corti 85F.).

"Ce serait une belle chose que l'on se trouvât aux lieux que l'on pense" écrivait Madame de Sévigné. C'est encore plus belle chose que de ne jamais être dans les lieux que l'on croit et si les exotismes de Salgon ont un petit goût de madeleine, c'est que les traces sont fraîches : Socrate, Platon, René Caillé, Régis Debray, Hergé et E.P.Jacobs, Rimbaud et Raymond Roussel…Que de monde dans ces contrées lointaines !
“On envoya bien sûr le douanier en émissaire. Mais, c’est un fait universellement avéré, lorsque deux administrations se rencontrent, fût-ce en un lieu aussi neutre que le désert, elles ont peu de chance chacune poursuivant sa logique propre de parvenir d’emblée à un accord. Le teint du chauffeur, tel celui d’un caméléon, était en train de virer du brun terreux au vert-de-gris tandis que s’entamaient, entre le douanier et le plus âgé des motards, des pourparlers préliminaires. Depuis la cabine du camion nous observions le manège des deux uniformes, l'un kaki, l'autre bleu, qui allaient et venaient côte à côte, le douanier murmurant des paroles à l’oreille du motard lequel, les yeux fixés sur la pointe de ses bottes, prenait un air entendu. A chaque nouveau retour le gendarme tendait le bras vers la benne (dont il avait jaugé du premier coup d’œil la nature et la qualité du contenu) et bientôt nous vîmes la main du douanier se poser sur l’épaule du gendarme, composant sous nos yeux une manière d’allégorie (“la Douane subjuguant la Police”) et nous comprîmes que tout était en train de s’arranger. Quelques cartouches de Dunhill étincelèrent un instant dans le soleil couchant, comme de rutilants lingots d’or, quand le douanier en fit présent aux gendarmes, puis il y eut de longues poignées de mains, des saluts fraternels adressés vers nous qui étions restés dans la cabine, des“ Abqua al kheir” lancés à travers les vitres et nous pûmes a nouveau prendre la route.”                                                                            (extrait)

 

 

 

 

Septembre 2000

Consacrée au livre de Victor Klemperer : Journal T.1 et 2 : Mes soldats de papier ( 1933-1941) et Je veux témoigner jusqu'au bout (1942-1945),

 

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  Victor Klemperer : Journal T.1 et 2 : Mes soldats de papier (1933-1941) et Je veux témoigner jusqu'au bout (1942-1945), éditions du Seuil, 792 et 1054 pages, 180F. et 210F.
Bibliographie :

Bibliographie : Les éditions Albin Michel ont publié en 1996 "LTI, la langue du troisième Reich" (384 pages, 140 F) où Klemperer analyse la "Lingua Tertii Imperii", réflexion sur le langage totalitaire et la contamination de la langue par l'idéologie (disponible aussi en Presse-Pocket-Agora, 50 F.).

A lire aussi : Pierre Aycoberry : "La société allemande sous le IIIe Reich : 1933-1945", Points-Seuil, 1998, 52 F.

 

Victor Klemperer est né en Allemagne en 1881. Fils de rabbin, converti au protestantisme, et cousin du chef d'orchestre Otto Klemperer, il devient professeur de romanistique à l'université de Dresde. Spécialiste de littérature française, fervent admirateur des Lumières, il est chassé de sa chaire en 1935 par les nazis. N'ayant pu s'exiler, il survivra en paria au cœur même de l'Allemagne hitlérienne, durant les douze années du IIIe Reich. Le convoi qui devait le mener avec sa femme à une mort certaine était prévu le 13 février 1945 ; le terrible bombardement de la ville par les alliés (250.000 morts) ce jour là, les sauve paradoxalement par la grâce d'une chance inouïe et d'un abri de fortune. Rétabli dans ses fonctions après la guerre, il continuera d'enseigner en Allemagne de l'Est jusqu'à sa mort en 1960.

Double rescapé du nazisme et du plus terrible bombardement de toute l'histoire de la guerre, juif au cœur du plus ignoble délire antisémite, intellectuel démocrate et humaniste plongé dans l'horreur de la violence totalitaire, Klemperer donne un témoignage unique. Il se fait jusqu'au bout "l'historiographe de la catastrophe" et il en va pour lui d'un "devoir de vigilance intérieure". Situation terrible pour ce juif si peu juif, qui revendique son appartenance à la culture allemande comme partie intégrante d'un humanisme européen à vocation universelle au point qu'il en vient à écrire : "...je ne dois pas en démordre, c'est moi qui suis allemand, les autres ne sont pas des Allemands ; je ne dois pas en démordre : c'est l'esprit qui importe, pas le sang…

 

 

 

Janvier 2001

Consacrée à Louis-René des Forêts

 

Bibliographie :

"Les Mendiants" (Gallimard, 1943), "Le Bavard" (Gallimard, 1946), "La Chambre des enfants" (Gallimard, 1960), "Les Mégères de la mer" (Mercure de France, 1967), "Le malheur au lido" (Fata Morgana, 1987), "Poèmes de Samuel Wood" (Fata Morgana, 1988), "Ostinato" (Mercure de France, 1997).

 

Sur Louis-René des Forêts : Dominique Rabaté : "Louis-René des Forêts : la voix et le volume" (Corti, 1991), Jean Roudaut : "Louis-René des Forêts" (Le Seuil, 1995), Marc Comina : "Louis-René des Forêts, l'impossible silence" (Champ Vallon, 1998).

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Nous avions reçu Louis-René des Forêts à la librairie il y a maintenant dix ans.

Ce moment d'intense émotion et de respect ressurgit comme "L.R." disparaît. Celui que la critique a associé à Samuel Beckett par le sombre témoignage qu'ils portent l'un et l'autre au mal profond de l'homme contemporain, qui avait fait du silence une règle de vie publique avait aussi su faire acte de foi par ses engagements : résistant en 1941, signataire du Manifeste des 121…

Il aura fallu la publication d'Ostinato en 1997 pour que cette œuvre brève et fulgurante trouve enfin sa place auprès d'un large public, longtemps après l'avoir trouvée auprès de la critique. Mais tout ce temps - Le Bavard est publié en 1946 - n'aura pas été vain.

Obstiné toute une vie - ostinato - à poser la vraie question du menteur : la vérité, le bavard est aujourd'hui définitivement entré dans le silence.

 

"Louis-René des Forêts est mort, samedi 30 décembre 2000. Il aura eu le bon ton de ne pas attendre le dernier jour du millénaire pour s'en aller, et faire ainsi de ce geste un simulacre de signe. A l'image du retrait, qu'avec Maurice Blanchot notamment, il a su imposer à soi-même et aux autres, sa mort nous rappelle, dans un monde définitivement (?) rendu à la gesticulation, qu'écrire implique d'abord le recul, la distance et un sens certain, comme l'évoquait Robert Bresson, de l'insignifiance." (Éric Audinet)

 

 

 

 

 

Juin 2001

Consacrée à Pierre Bergounioux

 

Bibliographie :

 

"La puissance du souvenir dans l'écriture" (Pleins Feux 2000), "Kpélié" (Flohic, 1998), "La demeure des ombres" (Art et Arts, 1997), "L'empreinte" (Laquet, 1997), "La ligne" (Verdier, 1997), "Miette" (Gallimard, 1996), "La mort de Brune" (Gallimard, 1996), "Le chevron" (Verdier, 1996), "Le bois du chapitre" (Théodore Balmoral, 1996), "D'abord nous sommes au monde" (Laquet, 1995), "La cécité d'Homère" (Circé, 1995), "Points cardinaux" (Fata Morgana, 1995), "La Casse" (Fata Morgana, 1994), "La Toussaint" (Gallimard, 1994), "Le grand Sylvain" (Verdier, 1993), "Le matin des origines" (Verdier, 1992), "La Mue" (Gallimard, 1991), "C'était nous" (Gallimard, 1989), "La Maison rose" (Gallimard, 1987), "La Bête faramineuse" (Gallimard, 1986).

 

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Pour son livre "Le premier mot", publié aux éditions Gallimard, collection Blanche, 94 pages, 78F.

 

"Grand-père détenait les éléments peu nombreux, très simples, de l'énigme. Il me plaît de croire qu'il a songé à m'en parler, qu'il attendait que passe l'instant immobile, l'éternel présent du premier âge pour me les livrer. Il est mort l'année de mes sept ans. Les quelques mots dont j'avais besoin l'ont suivi dans la tombe…"

Dans ce texte initial et initiatique, Pierre Bergounioux ne raconte pas toute sa vie, mais l'essentiel : son enfance et son adolescence. Il faut goûter ce bref roman d'éducation comme s'il était écrit en marge de ses autres œuvres. C'est la lente approche d'un écrivain vers "le premier mot". Tous ses livres seront soutenus et ravivés par cette autobiographie.

 "Ce qui nous met en mouvement, aussi, dans le destin ouvert et pluriel de cette œuvre, c'est ce qu'elle nous enseigne de risque : le lieu où nous-mêmes ne commandons pas à l'unité de ce qui se délivre, et ce qu'il faut payer là, par l'attente ou l'engagement dans des formes qui nous séparent, on dirait, de toute idée simple du travail entrepris : ces livres-là maintiennent, maintenant que l'œuvre … devient une référence majeure d'aujourd'hui, son premier germe de grand isolement, de démarche solitaire dans les formes neuves du récit." (François Bon, 1997)

  

 

 

 

Septembre 2001

Consacrée à François Emmanuel

Bibliographie :

 

Bibliographie :

"Femmes prodiges" (Maison Internationale de la poésie, 1984), "Retour à Satyah" (Alinéa, 1989), "Grain de peau" (Alinéa, 1992), "La nuit d'obsidienne" (Les Éperonniers, 1992), "Le tueur mélancolique" (La Différence, 1995), "La leçon de chant" (La Différence, 1996), "La passion Savinsen" (Stock, 1998), "La partie d'échecs indiens" (Stock, 1999), "La question humaine" (Stock, 2000), "Portement de ma mère" (Stock, 2001).

 

 

Pour son livre "La chambre voisine", publié aux éditions Stock, 189 pages, 16,80 Euros.

 

François Emmanuel est né en 1952 à Fleurus, en Belgique. Après des études de médecine, il s’intéresse d’abord à la poésie et au théâtre (adaptation et mise en scène). Un séjour de plusieurs mois au Théâtre laboratoire de Jerzy Grotowski sera déterminant pour la suite de son travail d’écriture. À partir de 1984, il en vient progressivement à l’écriture romanesque.

 

"Et du fond de cet atelier sombre où mes yeux s'accommodaient mal à la brusque pénombre, la lumière tamisée aux fenêtres par de vieux sacs de jute, alors que le piaulement d'une meule annonçait sa décélération, j'entendis la voix éraillée de la femme, et la vis se redresser de derrière un banc de menuisier, abaisser ses lunettes protectrices, et découvrir autour de ses yeux deux larges cernes circulaires, creusées dans la sciure claire comme des orbites de rapace nocturne. Et dans le sifflement peu à peu aggravé de la meule, elle prononça le nom de mon père, observant que la ressemblance était impressionnante, puis elle se passa un mouchoir sur le visage, dénoua le foulard qui lui enserrait les cheveux et me précéda nu-pieds dans l'arrière-cour. Traversant ce puits de soleil, j'avais les yeux fixés malgré moi sur ce corps à l'imprenable aisance, ses formes secrètes et charnelles, hanches et cuisses, qui tendaient à chaque pas le tissu noir de la robe." Dans la pièce aux murs épais, aux vieilles boiseries, où elle m'avait laissé seul pour quelques instants, l'odeur était celle de la cire mais hantée d'un parfum musqué et je revoyais encore le mouvement de sa cheville, son talon nu se décollant du dallage de pierre bleue, tandis qu'elle allait et venait dans la pièce voisine." (extrait)

 

 

 

 

Octobre 2002

Consacrée à François Maspero

Bibliographie :

 

 

"Le Figuier", le Seuil, 1988 ; "Les Passagers du Roissy-Express", le Seuil, 1990 ; "L'Honneur de Saint-Arnaud", Plon, 1993 ; "Le Temps des Italiens", le Seuil, 1994 ; "La plage noire", le Seuil, 1996 ; "Balkans Transit", le Seuil, 1997 ; "Le sourire du chat", le Seuil, 1998.

 

 

 

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François Maspero

A propos de la parution de son dernier livre "Les abeilles et la guêpe" aux éditions du Seuil-Fiction & Cie, 282 pages, 20€.

 

Imprimeur à seize ans, libraire à vingt-deux, c'est à vingt-six que François Maspero devient éditeur. La guerre d'Algérie sera déterminante. Il édite d'abord des opposants algériens, puis des textes littéraires ou trop polémiques que les autres maisons refusent. Il devient "l'éditeur de ceux qui ne peuvent pas se faire entendre chez d'autres". Il quitte la librairie (La Joie de Lire à Paris, Mimésis à Bordeaux…) et, en 1981, décide de céder la maison d'édition éponyme qu'il avait créée en 1959 (et qui deviendra les éditions La Découverte deux ans plus tard).

Voyageur inlassable, humaniste rigoureux, homme de conviction et de fidélité, François Maspero est aussi traducteur de l'italien (Biamonti, Affinati, Meldini) et de l'espagnol (Barrios, Mendoza, Mutis, Pérez-Reverte, Posadas, Roa Bastos, Sepulveda, Skarmeta, Vasquez Montalban).

"Pas vraiment voyageur désinvolte, François Maspero, non, plutôt inquiet, c'est-à-dire lucide. Sur la lame du rasoir. Un homme en mouvement, curieux des êtres et des choses. Les yeux et le cœur ouverts, à vif. Il n'aime pas qu'on parle de lui comme d'un "passeur": passeur de mots, passeur de frontières… c'est galvaudé, comme le Livre avec un grand L. Ce qui est frappant chez lui, c'est la tendresse." (Sadek Aissat)

"Tous les livres de mémoires devraient ressembler à celui-ci. Le triomphe et la gloire du moi-je s'en trouveraient sainement ridiculisés. On verrait une réticence, une pudeur, une hésitation craintive se substituer à cette sotte vanité qui autorise presque à parler de soi à la troisième personne... sous le signe d'une foi indéfectible en ses propres mérites."... "Un jour Frantz Fanon écrivit à François Maspero, son éditeur : "Il faut que je vous dise merci, non seulement pour ce que vous faites mais pour ce que vous êtes." Aujourd'hui encore, on ne saurait lui dire mieux. (Patrick Kéchichian, Le Monde)

 

 

 

 

 

 

Novembre 2004

Consacrée au  Vocabulaire européen des Philosophies

 

Bibliographie de Barbara Cassin :

"Si Parménide" (Presses Universitaires de Lille, 1980),

"Le plaisir de parler" (Minuit, 1986),

"Nos Grecs et leurs Modernes" (Le Seuil, 1992),

"L'effet sophistique" (Gallimard, 1995),

"Aristote et le logos" (PUF, 1997), "L'animal dans l'Antiquité" (Vrin, 1997),

"Voir Hélène en toute femme" (Les Empêcheurs de penser en rond, 2002).

Vocabulaire européen des Philosophies

publié sous la direction de Barbara Cassin : éditions du Seuil/Le Robert, 1534 pages, 95€.

 "L'un des problèmes les plus urgents que pose l'Europe est celui des langues. On peut choisir une langue dominante, dans laquelle se feront désormais les échanges, ou bien jouer le maintien de la pluralité, en rendant manifestes le sens et l'intérêt des différences. Le Vocabulaire s'inscrit dans la seconde optique. Il a l'ambition de constituer une cartographie des différences philosophiques européennes, en capitalisant le savoir des traducteurs. Il explore le lien entre fait de langue et fait de pensée, et prend appui sur ces symptômes que sont les difficultés de passer d'une langue à l’autre – avec mind, entend-on la même chose qu'avec Geist ou qu’avec esprit ? Pravda, est-ce justice ou vérité ? Et que se passe-t-il quand on rend mimêsis par imitation ?"

"L'ensemble fait de cet ouvrage passionnant et de conception très originale bien plus qu'un simple usuel. Il n'entend du reste nullement se substituer aux traditionnels dictionnaires de philosophie qui reposent tous, plus ou moins, sur le présupposé même qui est ici récusé, à savoir celui d'un découpage univoque et universel des concepts et des réalités. Refusant, pour sa part, tant "l'universalisme logique indifférent aux langues" que "le nationalisme ontologique avec essentialisation du génie des langues" qui conduit à privilégier telle ou telle langue, le Vocabulaire européen des philosophies revendique "une ambition politique : faire en sorte que les langues de l'Europe soient prises en compte, et pas seulement d'un point de vue patrimonial comme on préserve les espèces menacées."

Ce formidable travail est un véritable événement éditorial dont on peut espérer qu'il trouvera son public bien au-delà du seul cercle des philosophes et des linguistes.

 

 

 

Février 2005

Consacrée à Christian Garcin

 

Bibliographie de Christian Garcin :

 

 

 

"Vidas" (Gallimard, 1993)
"L'Encre et la Couleur" ( Gallimard, 1997),
"Vies volées" (Climats, 1999),
"Rien" (Champ Vallon, 2000),
"Les Cigarettes" (l'Escampette, 2000),
"Une odeur de jasmin et de sexe mêlés" (Flohic, 2000),
"Le vol du pigeon voyageur" (Gallimard, 2000),
"Une théorie d’écrivains" (Théodore Balmoral, 2001),
"Itinéraire chinois" (l'Escampette, 2001),
"Sortilège" (Champ Vallon, 2002),
"Du bruit dans les arbres" (Gallimard, 2002),
"Lexique" (l'Escampette, 2002),
"Fées, diables et salamandres" (Champ Vallon, 2003), "Labyrinthes et Cie" (Verdier, 2003),
"L'Embarquement" (Gallimard, 2003)
"La Jubilation des hasards" (Gallimard, 2005).

La jubilation des hasards, éditions Gallimard-Blanche, roman, 160 pages, 12,00€.

La neige gelée ne permettait que de tout petits pas, éditions Verdier, nouvelles, 112 pages, 12,50€.


Christian Garcin est né en 1959. Il vit à Marseille. Il collabore régulièrement aux revues L'Animal, Le Mâche-Laurier, Théodore Balmoral, Le Nouveau Recueil et la NRF.

"Les morts sont nos enfants, ai-je dit à Mariana, les morts sont nos enfants de la nuit, mais ils ne partagent pas nos jours. Ils vivent dans un temps immuable et mêlé, un temps répétitif, aussi réel lorsque nous le rêvons que le temps linéaire qui nous abrite, nous et nos pensées de veille, mais dont chacun sait au fond qu'il n'est qu'une illusion d'autant plus difficile à penser que notre pensée en fait partie.
Mariana approuvait du menton.
Dans ces instants que nous tissons avec eux, ai-je dit à Mariana, dans ce lent tricotage du sommeil aux allures de veille, nous croyons savoir que la vraie vie résiderait moins dans la répétition mécanique de nos gestes quotidiens que dans cet étrange là-bas, dans l'absence de frontière entre la vie et la mort, dans cette zone indécise où leurs mains nous font signe — les mains des morts, ai-je dit à Mariana, les mains puissantes et discrètes des morts —, où leurs visages nous parlent, amicaux et distants, toujours sereins, parfois souriants, sans que jamais nous les touchions, tout au plus arrive-t-il que nous les effleurions, mais à peine, et le souffle léger qu'ils déposent autour de nous vibre encore longtemps après que nous les avons abandonnés pour récupérer le temps linéaire et strict de la veille. Ce commerce noué avec les morts nous indique assez que nos plaisirs terrestres ne sont qu'écume, jeux de masques et tournoiements des poussières, ai-je dit à Mariana.
Elle souriait.
Avec cela je suis d'accord. Mais la vie des morts, ai-je poursuivi, je ne sais pas ce que c'est."

 

 

 

 

 

Janvier 2007

Consacrée à Michel Pastoureau

 

Bibliographie sélective :

"L'Étoffe du diable : une histoire des rayures" (Seuil, 1991)

"L'échiquier de Charlemagne : un jeu pour ne pas jouer" (Adam Biro, 1995),

"Figures de l'héraldique" (Gallimard, 1996),

"Le cochon : histoire, symbolique et cuisine du porc" (Sang de la terre, 1998),

"Dictionnaire des couleurs de notre temps" (Bonneton, 1999),

"Bleu : histoire d'une couleur" (Seuil, 2000),

"Les animaux célèbres" (Bonneton, 2001),

"Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental" (Seuil, 2004).

Michel Pastoureau

"L'ours, histoire d'un roi déchu" ; éditions du Seuil - Librairie du XXIe siècle, 423 pages, 24€.

Les travaux de Michel Pastoureau illustrent de merveilleuse façon les principes de la Nouvelle Histoire, née d'une volonté de défricher des champs thématiques vierges en s'ouvrant notamment à l'étude des mentalités et des sensibilités.

Longtemps, en Europe, surtout dans les sphères celtes, germaniques et scandinaves, le roi des animaux ne fut pas le lion mais l'ours. Celui-ci fut même un animal plus ou moins sacré, pensé comme un parent ou un ancêtre de l'homme et faisant l'objet de cultes dont les origines sont parfois à chercher plusieurs dizaines de millénaires avant notre ère. Or va se produire, lié à l'histoire de l'Église et à la christianisation, un remplacement culturel de l'ours par le lion, prépondérant pour les peuples de la Bible et de l'Orient méditerranéen. La lutte contre les cultes païens qui perdurent pendant tout le haut Moyen Age passent par la dévalorisation du roi de la forêt.

Vénéré, protégé, chassé, ridiculisé, l'ours devient tantôt l'objet de notre affection et tantôt celui de notre hostilité. De l'ours partageant le quotidien de l'homme préhistorique, à la préservation de cet imposant animal dans les Pyrénées, en passant par l'ours roi médiéval et par le sacre de l'ours en peluche, jouet incontournable de l'enfance, Michel Pastoureau s'interroge sur la profonde complexité de nos rapports avec l'ours brun.

Michel Pastoureau est directeur d'études à l'École pratique des hautes études et à l'École des hautes études en Sciences sociales (Paris). Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages.

 

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